Les agriculteurs dénoncent l’excès des normes, … et l’agroécologie

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   Les agriculteurs, du moins ceux qui sont affiliés à la FNSEA, ont choisi le jour où la loi d’avenir agricole revient en seconde lecture à l’Assemblée pour envoyer un avertissement au gouvernement.

Plutôt que les traditionnels défilés ou opérations escargot, le syndicat a décidé de se rassembler à proximité de points stratégiques ou d’entreprises de restauration collective. De nombreux agriculteurs se sont ainsi retrouvés devant le marché de gros de Rungis.

Le motif de leur mécontentement est identique à celui de la quasi totalité des entrepreneurs français : l’excès de réglementation qui pénalise les exploitations françaises. La France, deuxième exportateur de produits agricoles et agroalimentaires, après les USA, il y a 10 ans est désormais le cinquième, derrière le Brésil, les Pays-Bas, et l’Allemagne. Selon le président de la FNSEA, les normes administratives, environnementales et sociales étouffent la compétitivité de notre agriculture, alors que la France peut répondre à la croissance mondiale de produits alimentaires.

En fait, ce ne sont plus seulement les normes administratives abusives qui sont dans le collimateur du syndicat agricole, mais surtout les menaces que feraient peser le tournant agroécologique du gouvernement.

Les débats sur le projet de loi d’avenir pour l’agriculture ont en effet opposé partisans d’une production intensive, représentés majoritairement par la FNSEA, à ceux d’un projet plus écologique. Le ministre de l’agriculture, Stéphane Le Foll, veut les deux : renforcer la compétitivité des filières agriculture, agroalimentaire et forêt, tout en prenant le virage agroécologique, en tirant mieux partie des écosystèmes.

Dans cet esprit le Sénat a voté un amendement interdisant l’utilisation des pesticides dans un rayon de moins de 200 mètres autour des lieux publics et des habitations. Ce chiffon rouge agité devant ses yeux a fait bondir la FNSEA, qui fait remarquer que près d’un tiers de la surface agricole française est concerné, et se dit « opposée à cette forme d’agro-idéologie qui se résume à une vision binaire de l’agriculture française.»

«Qu’on laisse les paysans faire leur travail», réclame Xavier Beulin, son président.

A l’évidence, le sujet n’est pas aussi simple et les effets de l’agriculture restent un problème qui touche, d’une façon ou d’une autre, l’ensemble de la population, qu’elle le veuille ou non. La science agronomique explore de plus en plus de nouvelles pistes pour le futur de l’agriculture française. L’un des deux champs de recherche prioritaires de l’INRA y est consacré et il n’est pas étonnant que le ministre de l’agriculture ait déclaré vouloir faire de la France un leader mondial de l’agroécologie, en présentant un projet de la future loi d’avenir de l’agriculture en ce sens.

Pour tous les producteurs et les décideurs, l’heure est peut-être venue de réfléchir sérieusement, alors que chaque jour des consommateurs doutent de plus en plus devant les étals des supermarchés, à garantir une alimentation dont les méthodes de production soient claires et des terres non souillées de pollutions chimiques.

Daniel Ollier