Etes-vous tendance ?

   Etre tendance est une sorte de passeport pour continuer à vivre sans sombrer dans le néant social. Cantonnés pendant un temps à la mode, puis à la déco, les conseils dans ce domaine s’étendent maintenant à tous les secteurs.

Les tendances marketing font ainsi l’objet de plusieurs cahiers ou ebook, comme celui publié par le bureau de tendances « Urban Sublime ». Son but est de «donner aux responsables marketing des pistes concrètes et applicables à leur entreprise.»

Pour cela, le bureau s’est inspiré d’exemples américains, que l’on dit à juste titre «rois du marketing et de la relation client».

Certaines de ces tendances peuvent évidemment, mondialisation oblige, être appliquées universellement, d’autres, trop connotées US devront leur être réservées.

La plupart de ces tendances sont d’ailleurs déjà présentes dans des boutiques, des restaurants, et des hôtels de l’hexagone ou d’Europe.

Le minimalisme et la sobriété sont de plus en plus au service de la mise en valeur, qu’elle soit celle de vêtements, d’une cave à vin, ou d’oeuvres d’art. Ils peuvent également être « rehaussés par une touche luxe qui frôle l’art ». Luxe et art s’invitent donc dans les mêmes lieux et finissent par se confondre. Leur proximité permet au client de vivre une émotion et de conserver un souvenir qu’on espère inoubliable.

Autre lieu où l’art est souvent omniprésent : les hôtels de luxe. «Urban Sublime» cite le Metropole de Cincinnati où le sol change de couleur au passage d’un client. Cette interactivité est aussi l’illustration de ce que l’on appelle la gamification (de game : jeu), ou ce que d’autres nomment la «culture LOL».

Plus naturel est le retour de l’authentique, du vrai. Les lieux et les produits doivent être plus empreints d’humanité, de vie. On y retrouve donc des touches artisanales, du «fait main», des traités graphiques crayonnés, des graffitis, de l’impression au tampon afin que le client évolue dans une atmosphère plus humaine, moins distanciée. « Une Qualité irréprochable alliée à un paraître quasi artisanal : voilà la juste équation retrouvée dans les magasins branchés de New York…».

Dans le même esprit, on expose les matériaux bruts utilisés dans la fabrication d’un vêtement pour les valoriser et, par osmose, on valorise le produit lui-même. Le client se trouve ainsi dans la confidence de l’origine du vêtement et proche de l’original.

Autre lieu, autre sensation : le client est convié à une expérience sensorielle qui dépasse de loin la vue et l’odorat. Il s’agit de toucher, de tester les produits de beauté directement sur sa peau. La transmission de la marque par tous les sens devient un must.

Créer du lien avec les consommateurs est l’occasion d’essayer une multitude de recettes. Les plus simplistes sont calquées soit sur des technologies devenues communes, soit sur la transposition au marketing de sentiments habituels entre les personnes. Les difficultés qui les guettent inévitablement sont celles du décalage générationnel dans le premier cas ou culturel dans le second.

Il est en effet facile de se contenter de se montrer branché parce qu’on est sur facebook ou twitter. De là à faire une tendance de ce qui n’est jamais qu’une façon de s’exprimer quand on a rien à dire comme le prouve si bien ce hobby des hommes politiques, est loin de souligner une grande créativité.

Quand à l’amitié édulcorée ou au succédané d’amour que certaines marques entendent déclarer, il faut être bien en peine pour y adhérer un instant. Il n’est pas certain qu’en trichant pour vendre, on ne fasse pas qu’enlever du sens à ces sentiments revisités à la mode américaine où ils durent souvent jusqu’au coin de la rue.

C’est dans une moindre mesure également le cas avec cette autre tendance qui peut faire pleurer dans les chaumières outre atlantique et se veut au top en 2014 : la photo de famille des fondateurs placardée sur les magasins de la marque. Elle rappelle le « depuis 1756 » français et le « since 1972 » américain mais lui ajoute l’image. Comme quoi on peut faire tendance avec du vieux.